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VOYAGES.

ne coûte guère plus de soixante à quatre-vingts dollars et qui doit se contenter de peu par nécessité ou par nature.

Il n’y a pas longtemps que Cheyenne s’est débarassé de ses cabanons de jeu et de danse, remplis du matin au soir du vacarme de l’orgie ; le meurtre au couteau et au pistolet y était d’une occurrence journalière. Un beau jour, quelques citoyens déterminés formèrent un comité de vigilance, s’emparèrent des plus hardis desperadoes, de ces roughs terribles qui sont encore en bien des endroits reculés la terreur de l’Ouest, et les pendirent sans façon sur une colline en les laissant exposés pendant des semaines entières. Depuis lors, la ville est tranquille, et l’on peut y vivre à la condition de n’y pas mourir d’ennui ou d’être propre à toutes les existences.

Nous avons fait ici cinq cent seize milles à partir d’Omaha et il en reste autant à faire pour atteindre Ogden, près du grand Lac Salé ; c’est donc encore une journée de marche. Nous sommes dans le territoire du Colorado ; nous traverserons celui de Wyoming et nous atteindrons l’Utah où se trouvent les Mormons, peuple si intéressant en ménage que les voyageurs ont presque toujours envie de rester au milieu d’eux et de se convaincre par l’exemple combien il faut de femmes pour égaler un homme. Nous avons traversé, depuis le départ de Montréal, toute la province d’Ontario, les états du Michigan, de l’Illinois, de l’Iowa et du Nebraska, et nous avons entamé le Colorado, cette perle de l’ouest central, comme l’appellent les settlers. Six cents lieues déjà