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VOYAGES

nace d’infester, et de chercher un dernier refuge dans de nouvelles et inaccessibles solitudes ; mais le père des saints est vieux, il a soixante-dix ans, et l’énergie dont il a fait preuve pendant de longues années commence à lui faire défaut. Des dissensions religieuses ont éclaté au sein même de la cité où naguère il régnait en maître absolu : deux hommes éminens de leur pays, David et Alexandre Smith, fils de Joseph Smith, le fondateur du mormonisme, ont commencé à l’attaquer publiquement, lui et son système. Les défections ne sont plus isolées, elles deviennent de plus en plus fréquentes ; on prévoit le jour prochain où les membres de la congrégation chrétienne du Salt-Lake-City formeront une minorité imposante que les saints ne pourront plus mépriser et avec laquelle il faudra compter. Ces schismatiques seront d’autant plus à craindre qu’ils se sentent appuyés par la majorité des citoyens des États-Unis. Les mormons ne comptent en effet qu’une faible proportion d’Américains dans leurs rangs. C’est surtout en Angleterre, dans le pays de Galles, en Norvège, en Suède, en Danemark, qu’ils recrutent les plus nombreux et les plus fervents prosélytes. L’antagonisme qui sépare les disciples de Brigham Young et les gentils de l’Amérique a ses racines dans les antipathies de races aussi bien que dans les haines religieuses ; ces différences doivent tôt ou tard disparaître devant la force d’assimilation et de nivellement, résultat naturel des institutions démocratiques, et la principale, sinon l’unique cause de la grandeur politique des États-Unis.

« En Amérique, le mormonisme n’a jamais été pris en sérieuse considération. Les hommes d’état qui se sont occupés de cette question, lorsqu’elle s’imposait à l’attention