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VOYAGES

Telle est en deux mots l’esquisse biographique d’un des hommes certainement les plus extraordinaires de notre temps. Ce qu’on a dit de sa puissance de volonté et de son inflexible détermination n’a rien d’exagéré ; un amour extrême de domination et l’absolutisme de ses principes l’ont parfois même poussé jusqu’à des crimes horribles, crimes qui resteront impunis par raison d’état sans doute ; mais ce qu’on ne connaît pas assez de lui, ce sont ses bons côtés et les services véritables qu’il a rendus. Loin de vouloir former, comme on l’a prétendu, la ville du Lac Salé à toute atteinte de l’extérieur, Brigham Young a fait tout en son pouvoir pour développer les communications de tout genre, voies ferrées et télégraphiques, compagnies d’express et de diligence, etc. À son appel les Mormons ont travaillé en masse au chemin de fer du Pacifique, et ont construit en entier l’embranchement qui mène à leur ville ; ils en sont les propriétaires et Brigham Young l’administrateur.

Depuis quelques années toutes les dénominations religieuses ont réussi à s’implanter dans la ville du Lac Salé, mais les écoles libres n’ont pas eu le même succès. On y compte trois journaux quotidiens, dont un seul est gentil ou profane, sur une population d’environ dix-huit mille âmes.

Le Tabernacle, dont la renommée est aujourd’hui universelle, est un immense édifice de forme oblongue, ayant une longueur de deux cent cinquante pieds et une largeur de cent cinquante : quarante-six piliers soutiennent son immense voûte, la plus grande de tout le continent américain, si l’on en excepte le Grand Union Dépôt, récemment construit à New-York. La hauteur de la voûte est de soixante-cinq pieds, et elle semble n’être qu’une seule et même pièce, comme un dos de tortue.