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VOYAGES

fini. Les derniers rails ont été posés, et l’œuvre que l’on s’était proposée le matin a été accomplie avant la tombée de la nuit. Peu s’en faut que Caucasiens et Chinois ne s’embrassent.

« Pour se faire une idée des difficultés vaincues en cette mémorable journée, il ne faut pas oublier que l’on se trouvait au milieu d’un désert, loin de toute ville et même de toute habitation. Lorsque les ouvriers, réunis ce jour-là au nombre de quinze cents sur un seul point, abandonnèrent le travail pour prendre le repas du midi, ils étaient arrivés à 10 kilomètres de l’endroit où ils avaient déjeuné le matin et laissé leur attirail de campement. Les provisions, tentes, ustensiles, instrumens, effets, le feu et l’eau, tout avait été porté en avant, sans confusion, à mesure que les travaux du chemin de fer avançaient. Cette armée d’ouvriers fut donc pourvue régulièrement de tout ce qui lui était nécessaire pour la nourrir et l’abriter, et cela dans des endroits où le matin il n’y avait pas vestige de route ou de provisions.

« Le lieu où s’arrêta le travail le 28 avril fut nommé Victory-Point, ce qui voulait dire qu’en fin de compte les Californiens avaient battu les unionistes, sans leur laisser même l’espoir d’une revanche. Ces derniers ne se découragèrent cependant pas, et continuèrent à travailler avec une telle diligence que le 10 mai, quarante-huit heures plus tard seulement que les Californiens, ils eurent atteint l’extrême limite de leur embranchement et touchèrent à Promontory-Point, aux ouvrages les plus avancés du chemin Central. Le dernier rail, unissant les deux sections de la grande ligne, allait donc être posé.

« Promotory-Point, territoire de l’Utah, est un groupe de huttes provisoires élevées sur la pointe nord-est du grand