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VOYAGES

un peu cruel, mais au moins ce ne sera pas tout-à-fait inutile.

Mais à quoi bon s’étendre là-dessus et que dire ? L’éducation de l’homme vis-à-vis de l’homme est à peine commencée, comment veut-on que l’éducation de l’homme vis-à-vis de la bête soit faite ?


III.


J’étais arrivé à San Francisco un samedi soir. C’est là mon sort ; le dimanche m’attend partout ; que je fasse cent milles ou douze cents lieues, je le trouve toujours au bout de ma route. Mais pour le moment je n’y songeais guère ; le contentement physique d’avoir enfin terminé le plus monotone et le plus fatigant des voyages me faisait oublier tout le reste. Revenu de ma première émotion, je me mis à contempler l’état de ma personne ; je ressemblais d’assez près aux Indiens que j’avais vus le long de la route. Le soleil vif, la suie, la poussière avaient imprimé sur moi et sur mes habits toute espèce de couleurs qui étaient devenues avec le temps comme des couches superposées sur mon épiderme. Je courus me jeter dans un bain où je restai deux heures à me frotter avec rage, mais c’est à peine si j’arrivais jusqu’à moi-même ; ce n’est pas en deux heures qu’on se débarrasse de neuf jours de poussière accumulée. Mes che-