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VOYAGES

restait à cette heure de plus cher ; je marchandai, je débattis et je touchai quatre dollars.

C’était là ce que me rapportait toute ma bijouterie, quatre dollars ! J’avais gardé ma chaîne de montre pour entretenir l’illusion, et aussi un peu parce que je n’en aurais pas retiré trente cents. Après avoir avalé un pot de bière je me rendis à l’hôtel. Rien, dans les temps modernes, n’égala le mouvement superbe avec lequel je remis au manager les cinquante cents qu’il m’avait prêtés. J’étais si confiant, si convaincu d’avoir une lettre de change le lendemain, que je me sentais d’humeur à faire des extravagances. Quatre cent soixante lieues seulement me séparaient désormais de Montréal, une enjambée ! J’avais envie de mépriser l’espace ; il me semblait que la moitié des États-Unis était à moi et que je faisais un grand honneur aux citoyens d’Omaha que de daigner rester deux jours au milieu d’eux. — Avec trois piastres dans sa poche… et l’espérance, c’est à devenir fou !

J’entrai dans la salle à dîner d’un pas olympien ; il y avait là une dizaine de filles qui passaient et repassaient avec des plateaux contenant tous les petits plats qu’on mange d’ordinaire dans l’ouest ; celles qui, pour le moment, n’avaient rien à faire, se tenaient à l’écart, un journal à la main et lisant : c’est comme ça. D’autres se promenaient autour des tables avec un éventail et chassaient les mouches ; celles-ci étaient de beaucoup les plus occupées. Nous croyons communément qu’il y a des mouches dans le