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CONFÉRENCES.

Nous sommes annexés déjà par nos rivières, par nos lacs et nos chemins de fer avant de l’être par une convention que ratifieraient des deux parts les vœux du peuple. Tout contrat politique de cette nature ne ferait que sanctionner un état de choses préexistant et n’apporterait d’autre changement à notre condition que celui de la développer merveilleusement. Nous sommes américains déjà par nos mœurs qu’une démocratie progressive a rapidement envahies ; nous le sommes par tous nos intérêts et par les tendances des sociétés modernes qui germent parmi nous comme des fruits naturels. Vouloir arrêter ce mouvement, c’est remonter le cours des choses, c’est élever à frais inutiles une digue artificielle contre un torrent qui emporte tout sur son passage, c’est vouloir reconstruire, à l’exemple des vieillards puérils, des illusions depuis longtemps disparues.

Oui, messieurs, on peut à bon droit peut-être et à coup sûr argumenter de cette façon, mais il est des considérations d’un autre ordre et d’une portée toute politique, que personne ne peut négliger et dont l’oubli mènerait droit à la déception.

Et d’abord, sommes-nous sûrs que les américains désirent l’annexion de nos provinces à leur jeune et déjà vieille république ? Non, non ; ils veulent notre indépendance, oui, tous ; mais l’annexion ! c’est autre chose. Il y a deux grands partis aux États-Unis, deux partis formés par la nature et qui dureront comme elle malgré les victoires passagères de l’un sur l’autre, deux partis indépendants du