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CONFÉRENCES

coteries ; ce n’est plus l’affaire de tout le monde, c’est l’affaire de tel ou tel qui a ses partisans ; ainsi, un entrepreneur devient un véritable candidat. Si Québec était privé de pain, et que deux boulangers fûssent sur les rangs et se fîssent concurrence pour lui en fournir, de suite ils diviseraient la ville en deux et tout le monde mourrait de faim plutôt qu’une moitié cédât à l’autre.

Nous n’avons pas d’esprit public, cet esprit qui fait fléchir l’intérêt personnel devant le bien général, le bien général auquel tout le monde participe.

On croit qu’on n’a rien à gagner personnellement à voir une ville en bon état, prospère, avec de larges rues, toutes les facilités et tous les débouchés pour le commerce, et voilà pourquoi d’une ville, dont la nature a fait un chef-d’œuvre, nous avons réussi à faire comme une vieille mâchoire pleine de trous où s’agitent encore quelques dents branlantes.

La corporation a toutes les peines du monde à faire de petites améliorations indispensables ; pourquoi ? Parce qu’il suffit de quelques propriétaires fossiles, dans une rue ou dans un quartier, pour tout retarder, pour tout empêcher. Si un quartier a besoin d’une chose, un autre quartier intervient immédiatement pour l’empêcher de l’avoir ; de même pour une rue, pour un simple bout de rue ; on a dans l’idée que ce qui peut être l’avantage de l’un est nécessairement au préjudice de l’autre, et voilà pourquoi l’on n’avance à rien,



Qu’est-ce qui a fait les villes américaines, messieurs ? c’est l’esprit public. Chacun est d’abord citoyen d’une