Page:Buies - Chroniques, Tome 2, Voyages, 1875.djvu/314

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
318
le préjugé.

vertu, de là son empire universel. Il est plus nombreux que les sables de la mer, attendu qu’il se multiplie dans chaque homme qui est un membre de la postérité d’Abraham. Aussi, comment passer en revue cette armée innombrable ? Il y a quelques préjugés pourtant que j’aimerais bien à attaquer de front, là, de suite, hardiment, puisque nous y sommes, et parce qu’ils sont bêtes, raison de plus pour être tout puissants :

« Il faut toujours prendre un juste milieu dans les choses », disent…… toute espèce de gens. Ah ! et indiquez-moi, s’il vous plaît, où vous en arriverez avec cela. La vérité est absolue ; elle ne comporte pas de juste milieu, elle est à l’un ou à l’autre des extrêmes ; tout le reste n’est que tolérance et convention. Pour vous former une idée exacte, une opinion que vous croyez saine, entre deux opinions diamétralement opposées, vous prenez un juste milieu ! Vraiment, ceci dépasse toute sottise ! De ces deux opinions, à coup sûr, l’une est juste et basée sur le fait tel qu’il s’est réellement passé. Votre juste milieu, tout arbitraire, tout idéal, n’est basé sur rien. Que diriez-vous d’un homme qui, placé entre deux chemins dont l’un mène directement à l’endroit où il veut se rendre, et dont l’autre conduit exactement à l’opposé, prendrait un troisième chemin entre les deux afin d’arriver plus sûrement ? C’est là le juste milieu, la plus sotte erreur qui ait jamais été imaginée, et l’une des plus dangereuses surtout, parce qu’elle se présente avec un caractère de modération et de conciliation qui attire et en impose. Le tout, dans la vie, est de savoir lequel des deux chemins mène au but qu’on veut atteindre ; pour cela, il faut bien des recherches, bien des obstacles renversés avant que l’évidence