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quelques pensées.

Un peuple est toujours jeune tant qu’il conserve l’esprit de progrès. L’homme qui est sur le retour de l’âge s’affaiblit de jour en jour ; mais les peuples, qui se composent de générations, se renouvellent sans cesse. Seules, les nations qui interdisent la critique sur les choses qui les intéressent le plus, comme la religion, le gouvernement et les lois, ne peuvent échapper à la décadence.

Il se peut qu’un peuple diminue ou s’efface, mais il se retrouve toujours plus tard chez le peuple qui lui succède et qui fait une étape de plus en avant.

C’est nous qui sommes les vieux, et ce sont les anciens qui étaient les jeunes. Il ne faut pas se renfermer dans le sens de nation, mais se mettre au point de vue de l’humanité, pour être dans le vrai.




Sylla fit voir aux Romains qui commençaient à être énervés tout ce que peut faire celui qui ose. Plus tard, Auguste montra aux Romains devenus esclaves tout ce qu’on peut faire sans rien oser.

Quand on veut établir la tyrannie, c’est du peuple qu’on se sert. On a toujours vu les ambitieux commencer par attaquer ou par corrompre les lois établies dans les états qui ont perdu leur liberté ; puis plonger le peuple dans une licence sans bornes, état qui ne peut durer à cause de son excès même : et comme on ne peut rendre à un peuple corrompu le respect des lois, il n’y a plus que la tyrannie qui puisse faire cesser la licence.

La Liberté consiste dans le pouvoir de faire tout ce qu’autorisent les lois qui ne peuvent avoir d’autre but que de la garantir. Dans les états asiatiques, les lois semblent