Page:Buies - La région du lac St-Jean, grenier de la province de Québec, 1890.djvu/13

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Le voilà donc devant nous, ce lac dont la renommée, chargée de légendes, a déjà volé vers de nombreux pays. La voilà, cette région du lac Saint-Jean qui a tant exercé les imaginations depuis quelques années, dont on a tant parlé, que l’on connaît si peu, et vers laquelle se portent de si nombreuses, de si ardentes espérances. La voilà, cette étrange petite mer, avec son peuple de poissons aussi étranges qu’elle-même : le wananish, qui ne se pêche guère que pendant six semaines, du 1er juin au 15 juillet, qui fait bondir des heures entières la main du pécheur qui s’obstine après lui, qui fait des sauts de quinze pieds, et qui franchit une chute aussi aisément qu’un ruisseau, plus alerte, plus vigoureux, quoique plus petit, et plus rapide que le saumon lui-même ; la munie, qui a la queue et la couleur de l’anguille, la forme du crapaud de mer, et la tête comme celle de la morue, quoique un peu plus plate ; l’atosset, autre produit singulier qui vient on ne sait d’où et dont les ancêtres ont dû faire de nombreux croisements ; enfin, le brochet, mais le brochet monstre, qui a jusqu’à six et sept pieds de longueur, qui exerce un terrible brigandage dans le lac, toujours à l’affût de quelque proie, et qui saisit sans façon les pieds des nageurs qui se hasardent au large, en leur faisant de remarquables blessures… La voilà enfin, exposée à nos regards, cette petite mer songeuse, au fond de sa large et féconde vallée qui nous attire et nous invite à la parcourir en tous sens, à venir faire la preuve de tout ce qu’on a promis en son nom et à reconnaître s’il existe vraiment, sous de pareilles latitudes, une terre privilégiée qui puisse devenir plus tard un des grands centres de population du nord de la province. Allons donc reconnaître la vallée du lac et voyons ce qu’elle réserve aux colons parce qu’ont pu y faire déjà en moins de vingt ans les colons actuels, tout en remarquant que les plus fertiles parties de la vallée ne sont pas encore pour la plupart ouvertes à la colonisation. »

Un coup d’œil sur le rapport de M. G. B. Du Tremblav, pages 18, 19 et 20 de cette brochure, et sur celui de M. P. H. Dumais, pages 35, 36 et 87, fera voir combien est exacte l’assertion de M. Buies, « que les plus fertiles parties de ce territoire ne sont pas encore ouvertes à la colonisation. »