Page:Buies - Le Saguenay et le bassin du Lac St-Jean, 1896.djvu/332

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II


AUJOURD’HUI


Eh bien ! Nous voilà maintenant en 1895, cinquante ans après ce récit d’une chasse à l’orignal dans les steppes incultes et sauvages qui s’étendent au nord de Québec, dans la direction de la rivière Sainte-Anne. La cabane enfumée, qui s’appelait l’hôtel du roi George, se trouvait à quelques milles seulement de Saint-Rayrmond, qui n’est qu’à douze lieues de la capitale, et l’on allait alors faire la chasse à l’élan dans ces parages, à peu près comme on irait aujourd’hui faire la chasse à l’ours blanc dans les steppes septentrionales de la mer de Hudson !




Que s’est-il passé dans l’intervalle de ces cinquante années qui nous séparent d’une époque devenue déjà presque légendaire, tant le contraste avec nos jours est étonnant, tant semblent lointains les souvenirs de l’enfance de beaucoup d’entre nous ! Des paroisses, à peine alors embryonnaires, ont reçu comme une impulsion subite, depuis le jour où ont été posés les premiers rails d’acier sur ce sol si voisin et pourtant jusque là encore si éloigné de nous. Déjà même leur population réunie s’élève à plus de trente mille âmes, malgré la désertion de bien des foyers, alors que ravageait, avec une fureur impossible à combattre, ce fléau de dépopulation qui a jeté tant de familles canadiennes dans les manufactures des États-Unis.