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Le chemin de fer

fourures. Quelques hommes entreprenants eurent alors l’idée d’y exploiter le bois de construction. Ce furent d’abord deux américains, MM. Norcross et Phillips, qui établirent une importante scierie mécanique à l’embouchure de la rivière. Ils firent dès les commencements des opérations considérables et construisirent un bateau qui voyagea pendant deux ans entre les Piles et La Tuque.

Ce bateau avait la forme d’un chaland de cent pieds de long sur environ quinze de large ; il était à fond plat et ne tirait que 18 à 20 pouces d’eau ; il était mû par une roue à aubes fixée à l’arrière de l’embarcation sur toute sa largeur. C’était précisément la forme qui convenait à la profondeur de la rivière, aux eaux basses, alors que le courant forme en certains endroits des battures mouvantes qui, tantôt dans un lieu et tantôt dans un autre, élèvent des obstacles inattendus. Quand il arrivait au chaland de toucher un de ces obstacles invisibles au pilote, on pouvait en un tour de main le tirer de ce mauvais pas et chercher un autre passage. En outre, dans les rapides et les remous, le fond large et plat du bateau lui permettait d’éviter les contre-coups de courant, auxquels il donnait peu de prise ; c’était enfin le véritable type de bateau tel qu’il convient à la navigation sur le Saint-Maurice ; aussi accomplit-il pendant près de trois ans un service régulier, très facile et surtout très profitable à l’industrie forestière et aux divers postes qui se trouvaient sur sa route. Il ne prenait guère plus de douze heures pour remonter le