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du Lac Saint-Jean

une entreprise de chemin de fer ; surtout, on voulait commencer par quelque chose, n’importe quoi, pour tirer la capitale de son isolement, des barrières qui l’étreignent dans tous les sens, et pour la doter d’un arrière-pays productif dans la direction du nord, puisque de ce côté-là seulement elle pouvait essayer de se déployer.

Mais on reconnut bientôt l’impossibilité de construire un chemin de fer avec d’aussi maigres ressources. Alors on eut l’idée d’en faire un avec des « lisses de bois », et, effectivement, on posa des rails en bois de Québec à Gosford, et, pendant près d’une année, des trains circulèrent sur cette ligne d’un genre inédit. Les résultats furent surprenants, étonnèrent jusqu’aux directeurs de la Compagnie eux-mêmes.

En quelques semaines trois grandes scieries s’élevaient sur des rivières traversées par la ligne, et de grandes quantités de bois de chauffage et de construction étaient transportées à la ville.

Mais la saison des pluies glaciales et des tempêtes de neige survenant, on se buta immédiatement contre une autre impossibilité, celle de faire rouler des trains sur des « lisses » de bois couvertes de verglas. Néanmoins on ne se laissa pas décourager et, pendant plusieurs années, tous les printemps, on recommençait l’exploitation de la ligne, qui ne fut abandonnée définitivement qu’en 1874.