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Le chemin de fer

domaine pour s’y développer et s’y fortifier, comme elle en a la mission sur ce continent américain que fait pencher tout d’un côté l’énorme poids de l’émigration saxonne et germanique.

Sur le côté opposé la nationalité franco-canadienne, se développant lentement mais en sûreté, essayant graduellement ses forces, se retrempant sans cesse à des sources pour longtemps encore abondantes et vigoureuses, balancera un jour par un contrepoids nécessaire, par une variété indispensable à l’harmonie des éléments du nouveau monde, le débordement des races anglo-saxonnes qui a produit déjà presque tous ses fruits, donné presque tout ce qu’il pouvait donner.

À nous, à notre tour maintenant de donner pleinement notre mesure. Nous n’avons jusqu’à présent que touché du doigt notre énorme patrimoine national ; nous n’avons guère encore que l’instinct de notre force et du rôle qui nous attend. Nous ne voyons pas devant nous les étapes à parcourir ni le terme à atteindre. Une pensée nette et précise, un but défini n’éclairent pas encore nos tentatives d’expansion. Mais dans cette marche confuse vers un avenir incertain, nous sentons qu’un dieu nous pousse, que nous n’allons pas à