Page:Buies - Récits de voyages, 1890.djvu/113

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
115
sur les grands lacs

dans la grandiose baie du Tonnerre, longue de vingt-six milles et large de dix-huit, au fond de laquelle se dessine, dans les vapeurs de l’aube, Prince Arthur’s Landing, communément appelé aujourd’hui Port Arthur, pour parler un langage plus démocratique.

Au sifflet de la locomotive, les hauteurs, qui enserrent la baie dans leur sauvage et puissante étreinte, les promontoires et les rochers géants rendent un mugissement formidable qui éclate, d’échos en échos, sur tout le parcours de la baie. L’air en est ébranlé et les caps, où se rassemblent les tempêtes, frémissent sur leur base. C’est la voix du Grand Esprit, de Nana-Bijoo, qui se fait entendre pour annoncer notre arrivée et pour avertir tous les petits Nana-Bijoos de venir ; nous saluer sur notre passage.

Moins de deux heures après, nous mettons le pied sur l’une des longues jetées en bois qui s’avancent du port dans le lac, et nous touchons enfin le sol du grand Nord-Ouest canadien, après une navigation de six cent cinquante milles, depuis notre départ de la baie Géorgienne.