Page:Buies - Récits de voyages, 1890.djvu/196

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
200
récits de voyages

loin ; mais arrêtons ici nos regards et contemplons l’étendue illimitée qui se déroule devant nous, et qui tressaille encore de son enfantement d’hier à la colonisation, à la vie active et au rudiments de la civilisation.

Qui ne se rappelle combien cet enfantement a été douloureux et longtemps empêché. La lutte contre les éléments et contre la nature n’est rien aujourd’hui, avec les moyens que l’homme possède, avec ceux qu’il découvre tous les jours, et avec sa certitude du triomphe définitif. C’est lui, lui-même, qui est son plus terrible adversaire, son plus cruel ennemi. La nature, au moins, est inerte ; mais l’homme opposé à l’homme, voilà le danger, voilà ce qui arrête et paralyse les plus nobles inspirations, les plus fécondes entreprises. Le Nord ! le Nord ! Quels cris sauvages, on dirait en quelque sorte de haine et de fanatisme incrédule, ce seul nom ne faisait-il pas éclater, il n’y pas encore un quart de siècle ! Qui ne se rappelle cette entreprise du Chemin de fer du Nord, si souvent amenée sur le tapis, si souvent et si longtemps écartée par l’ignorance, le préjugé, et cette mesquinerie envieuse et taquine qui nous fait mettre en travers de toutes les conceptions qui ont