Page:Bulletin du comité historique des arts et monuments, volume 1, 1849.djvu/157

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Presque tous les monuments religieux bâtis à la même époque, dans une même province, ont des points de ressemblance incontestables. Outre qu’un édifice célèbre a dû souvent servir de type autrefois à la plupart des monuments d’un même diocèse, des matériaux semblables, des usages pareils ont nécessairement produit des analogies frappantes dans la construction et la disposition. L’architecte ne devra donc pas s’en tenir à l’étude seule des cathédrales ; mais, en examinant les églises de la même époque bâties dans leur rayon, il y trouvera souvent de précieux renseignements pour réparer des constructions altérées ou détruites dans les monuments placés directement sous sa surveillance.

42. Les constructeurs du xiie siècle ont presque toujours relié les différentes parties de leurs maçonneries par des chaînages en bois, d’un équarrissage de 0,20c à 0,25c, noyés dans l’épaisseur des murs ; ces chaînages sont ordinairement posés sous les appuis des fenêtres, sous les corniches de couronnement, à la souche des contre-forts, au-dessus des voûtes des bas côtés. Les bois, pourris aujourd’hui, laissent dans l’épaisseur des constructions des vides dangereux. L’architecte devra toujours se défier de ces vides, qui ont pour résultat de provoquer le bouclement des murs. Dans les édifices du xiie siècle, il s’assurera de la position de ces chaînages par des sondages, avant de rien entreprendre. Une fois leur position reconnue, la première opération sera de profiter des vides laissés par les bois pourris pour passer, à la place des solives réduites en poussière, des chaînages en fer, en ayant le soin de faire remplir le vide restant en bonne maçonnerie, fortement bourrée. Il augmentera ainsi la solidité des édifices et replacera les constructions dans leur état normal. Aux xiiie, xive et xve siècles, le système de chaînages en bois est remplacé par un système de crampons en fer, reliant à certaines hauteurs les pierres de la construction, et formant ainsi de véritables chaînages continus. Ces crampons, dont la longueur varie de 0,30c à 0,40c, quoique généralement coulés en plomb, se sont oxydés et ont fait éclater, par leur gonflement, une grande quantité de ces pierres cramponnées. Il est résulté de cet accident deux inconvénients graves : le premier, c’est que les pierres ainsi fêlées dans leur épaisseur ne font plus parpaing, et qu’alors les murs tendent à se dédoubler ; le second, c’est que les crampons, ne tirant plus en pleine pierre, mais dans les fêlures qu’ils ont causées, ne relient plus les murs