Page:Cabaret-Dupaty - Poetae minores, 1842.djvu/417

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EUCHÉRIE.

ÉPIGRAMME

CONTRE UN PRÉTENDU.

Unissez de vils tissus de crin à de brillants filets d’or, des peaux de bouc à de magnifiques étoffes de laine ou de soie, et la rude bourre lanice à la pourpre superbe ; fixez la pierre étincelante sur le plomb grossier, emprisonnez dans le sombre acier la perle privée de son éclat, enchâssez l’émeraude dans l’airain, mettez de niveau le caillou et l’hyacinthe, assimilez le jaspe aux rocailles et aux pierres brutes, reléguez la lune dans la nuit des enfers, mariez les orties avec les lis, préférez l’affreuse ciguë à la rose vermeille, et ravalez, en faveur du fretin, les plus beaux produits du vaste océan ; figurez-vous que le crapaud, habitant des rochers, aime la couleuvre dorée ; que la truite recherche le limaçon, que la fière lionne se mésallie avec le renard, que le singe s’accouple avec la femelle du lynx aux yeux perçants, la biche avec le baudet, la tigresse avec l’onagre, et la daine légère avec le bœuf pesant ; supposez que le suc du benjoin altère le nectar du vin à la rose, que le fiel amer corrompe la douceur du miel, que le cristal d’une onde limpide se