Page:Caouette - Le vieux muet ou un Héros de Châteauguay, 1901.djvu/28

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LA TIREUSE DE CARTES


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Le lendemain soir, en face de la maison servant de poste aux sapeurs-pompiers, un groupe nombreux et animé parlait de l’événement de la veille, qui avait créé tant d’émoi au sein de la paroisse. Tous faisaient l’éloge du vieux muet, à l’exception du père Latourelle, qui fumait nerveusement sa pipe, en réprimant, tantôt un geste et tantôt une parole menaçant de lui échapper.

— L’as-tu remarqué, Étienne, demande Jonas Grosselin, quand il a traîné son canot à l’eau ? On eût dit qu’il traînait une latte !

— Oui, répond Étienne Corriveau : c’était un tour de force, mais c’est surtout sur l’eau que j’ai admiré sa force et son adresse.

— Moi aussi, approuve Frédéric Patry : je croyais, à chaque instant, qu’il allait être englouti ; mais j’ai remarqué qu’il présentait toujours aux vagues la pince et jamais le flanc du canot.

— C’est justement cela qui prouve sa force et son adresse, reprend Étienne Corriveau. Car un homme faible et inhabile aurait coulé au fond tout de suite.