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PRÉFACE

naies, des sceaux, pour les jeter en métal, Vasari n’en tient aucun compte. D’où il faut conclure qu’il parcourut légèrement les titres des chapitres d’une partie du manuscrit, et que les considérant comme des choses inutiles, il se soucia peu de poursuivre de plus amples recherches dans la totalité de l’ouvrage. Car on ne peut supposer que cet esprit remarquable, si jaloux de l’honneur de sa patrie, qui avait employé tous ses efforts à la porter aux cieux, cherchât à enlever à un concitoyen la juste part de gloire que méritait un écrit d’un si grand mérite. Je n’entends pas ici le blâmer et ternir sa réputation ; je dirai seulement qu’il fut bien fâcheux qu’il n’ait pas considéré plus attentivement l’ouvrage de ce vieux maître ; car peut-être alors on n’eût pas si facilement fait honneur aux étrangers d’une découverte, connue déjà depuis longtemps dans notre belle Toscane et dans toute l’Italie, comme je m’efforcerai de le prouver plus tard.

Pour en revenir maintenant à l’ouvrage, je crois qu’il serait superflu d’en trop dire » Ce serait enlever au lecteur le plaisir des découvertes qu’il peut faire : ce n’est pas une entreprise obscure et difficile, mais au contraire toute de simplicité et de clarté. Et là où j’ai cru devoir mettre quelques notes explicatives du texte, j’ai cherché à être sobre et bref, et à ramener autant que possible le lecteur aux coutumes et pratiques de l’art et aux expressions du temps. Je ne me donne pas comme ayant tout éclairci et annoté ; d’autres pourront encore répandre une nouvelle lumière sur cet unique et précieux traité de la peinture.

Dans l’introduction de son livre, Cennino commence en homme peu lettré qui voulut imiter les écrits de son temps. Ceux-ci toujours commençaient avec la création du monde ; ainsi il s’embarrasse dans un dédale épineux dont il ne sort qu’avec peine et d’une façon assez misérable. Ce qui lui fait honneur, c’est le respect avec lequel il parle de Giotto, de Taddeo et d’Agnolo Gaddi, dont il redit les louanges en plusieurs endroits, comme au chap. iv, où il dit : « Telle est la règle des grands prédécesseurs sous lesquels, etc. » Au chap. lxxii, il dit : « Giotto le grand maître, etc. »