Page:Chamberlain - Richard Wagner, sa vie et ses œuvres, 1900.djvu/87

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cience à la conscience » ; pour lui, c’était l’aube de la période du vouloir artistique conscient, sur cette voie absolument nouvelle « dans laquelle il était entré, poussé par une inconsciente nécessité. » Et cette période que nous venons de l’entendre définir, c’est bien la seconde moitié de sa vie. Pour voir clairement son chemin, pour embrasser d’un coup d’œil cette « voie nouvelle » où il entrait ainsi délibérément, il ne lui a, on le comprend, pas suffi d’un jour. Il y fallait le repos, la retraite, le recueillement. L’artiste avait à « se penser » lui-même. « J’avais à classer toute une vie qui était derrière moi, à m’en rendre compte», écrit Wagner, en 1850, à Liszt, « à prendre conscience de tout ce qui, jusque-là, avait surgi en moi instinctivement, à me rendre maître, par une analyse rigoureuse et voulue, de la réflexion que la nécessité avait fait naître dans mon for intérieur, afin de me précipiter ensuite, en pleine et joyeuse connaissance de cause, dans la noble inconscience de la production artistique. »

En ce faisant, Wagner, loin de se lancer dans une direction nouvelle, ne faisait que persévérer sciemment dans celle que lui avait montrée l’instinct de son génie : « Mes vues nouvelles », écrit-il à Heyne avec un jeu de mots intraduisible. « sont tout à fait semblables aux anciennes, mais moins troubles et par là-même plus humaines ». Wagner ne parvint à cette clarté de vues et à cette liberté, qu’en écrivant, de l’été de 1849 jusqu’à l’été de 1850, toute une série de traités où il s’expliquait nettement vis-à-vis de l’Art et du Monde : l’Art et la Révolution (1849), l’Œuvre d’art de l’avenir, Art et Climat (1850), Opéra et Drame, une Communication à mes amis (1851). Il étouffa en lui tout désir de produire, il resta sourd aux conseils de prudence que lui donnaient ses amis les mieux intentionnés, jusqu’à