Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/122

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DE CMAMFORT. I I f

— Je demandais à M pourquoi, en se con- damnant à l’obscurité, il se dérobait au bien qu’on pouvait lui faire. « Les hommes, me dit-il, ne peuvent rien faire pour moi qui vaille leur oubli.»

— M. de... promettait je ne sais quoi à M. L...., et jurait foi de gentilhomme. Celui-ci lui dit : « Si cela vous est égal, ne pourriez-vous pas dire foi d’honnête homme ? »

— Le fameux Ben-Jonhson disait que tous ceux qui avaient pris les Muses pour femmes étaient morts de faim, et que ceux qui les avaient prises pour maîtresses s’en étaient fort bien trouvés. Cela revient assez à ce que j’ai ouï dire à Diderot, qu’un homme de lettres sensé pouvait être l’amant d’une femme qui fait un livre ; mais ne devait être le mari que de celle qui sait faire une che- mise. Il y a mieux que tout cela : c’est de n’être ni l’amant de celle qui fait un livre, ni le mari d’aucune.

— « J’espère qu’un jour, disait M...., au sortir de l’assemblée nationale, présidée par un juif, j’assisterai au mariage d’un catholique séparé par divorce de sa première femme luthérienne, et épousant une jeune anabaptiste ; qu’ensuite nous irons dîner chez le curé, qui nous présentera sa femme, jeune personne de la religion anglicane, qu’il aura lui-même épousée en secondes noces, étant fille d’une calviniste. »

— i( Ce doit être, me disait M. de M, un

homme très-vulgaire, que celui qui dit à la for-