Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/183

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rieuse, la seule vue du maintien et des mouve- mens de ces hommes si différens, oppresseurs et opprimés, mêlés et confondus sous le nom 2;éné- ralde Français, auraient suffi pour faire pressentir à un observateur instruit et attentif qu’une telle assemblée, composée d’élémens si dissemblables, se dissoudrait, ou se constituerait sous une autre forme, qui, sans établir une véritable unité d’in- térêts, forcerait tous ces intérêts opposés à mar- cher quelque temps ensemble. Il était facile dès- lors de prévoir quels seraient les embarras du trône, entre les privilèges qui l’entouraient, et les représentans d’un peuple éclairé connaissant ses droits et sa force, disposé également à re- pousser la violence ou le mépris

Dans cette première séance, la noblesse s’était si- gnalée par l’expression d’un orgueil offensant, puisé sans doute dans son costume et dans sa parure, plus que dans ses droits, dans ses talens et dans ses moyens de puissance. Ses refus et ceux du clergé de vérifier en commun les pouvoirs des trois ordres respectifs avaient occasionné des débats, dans lesquels les députés du peuple avaient vu à la fois et l’arrogaiîce et la faiblesse de leurs ad- versaires. Un temps précieux se consumait dans ces discussions. La cour, dans une neutralité ap- parente, feignait de tenir la balance égale entre les concurrens, pour attirer à elle la décision de tous les points contestés. Elle n’avait voulu, en doublant la représentation du peuple, que forcer