Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/200

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DE CHAMFOBT. 1 89

nationale, de droits des hommes, devenues, quel- ques mois après, constitutionnelles, ces axiomes ne semblaient à la plupart des privilégiés que des blasphèmes d’une philosophie nouvelle; et ceux qui, plus instruits, en étaient moins surpris ou moins indignés, ne les considéraient que comme des principes spéculatifs qui ne pouvaient jamais avoir d’application, et qui, dans une nation des- tinée selon eux, à im esclavage éternel, per- draient infailliblement les insensés capables de les croire admissibles dans la pratique. C’est ce qu’on vit peu de jours après, lorsque M. de La Fayette, député à l’assem.blée nationale, vint pro- poser un projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et dire qu’on pouvait rendre la France libre comme l’Amérique. Cette idée, pardonnable peut-être à un philosophe ou à im avocat (c’était presque la même chose dans les idées de la cour), parut le comble de la folie dans la bouche d’un jeune gentilhomme, qui se dégradait lui-même, et qui de plus attirait sur lui les vengeances du despotisme forcé à re- gret d’envelopper un chevalier français dans la proscription de tous ces hommes sans naissance, de tous ces gens de rien qui partageaient ses prin- cipes et son espoir.

Telle était, à Versailles, l’illusion générale parmi tous les ennemis du peuple, lorsqu’ils ap- prirent la sortie des gardes françaises prisonniers à l’abbaye. Les ministres, en partageant l’in-