Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/204

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DE CHAMFORT. igS

im jeune homme, Camille Desmoiilins. Il faut l’écouter lui-même: «Il était deux heures et de- )i mie. Je venais sonder le peuple. Ma colère contre » les despotes était tournée en désespoir. Je ne » voyais pas les grouppes, quoique vivement » émus ou consternés, assez disposés au sou- » lèvement. Trois jeunes gens me parurent agités » d’un plus véhément courage : ils se tenaient » par la main. Je vis qu’ils étaient venus au Palais- » Royal dans le même dessein que moi. Quelques » citoyens passifs les suivaient: «Messieurs, leur » dis-je, voici un commencement d’attroupe- » ment civique : il faut qu’un de nous se dévoue, » et monte sur une table pour haranguer le peu- » pie. — Montez-y. — J’y consens... )i Aussitôt je » fus porté sur la table, plutôt que je n’y montai. » A peine y étais-je, que je me vis entouré d’une » foule immense : voici ma harangue que je n’ou- » blierai jamais :

» Citoyens, il n’y a pas un moment à perdre. n J’arrive de Versailles ; M. Necker est renvoyé : » ce renvoi est le tocsin d’un St.-Barthélemi de » patriotes ; ce soir tous les bataillons suisses et » allemands sortiront du Champ-de-Mars pour » nous égorger. Il ne nous reste qu’une res- » source, c’est de courir aux armes, et de prendre » une cocarde pour nous reconnaître.

» J’avais les larmes aux yeux; et je parlais avec » ime action que je ne pourrais ni retrouver, ni « peindre. Ma motion fut reçue avec des applau- II i3