Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/237

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2îi6 OEUVRES

Il avait commandé à un détachement de soixante hommes de son régiment de traverser un fau- bourg de Paris, d’alier se poster devant le dépôt des gardes - françaises, Chaussée - d’Antin : mais ces étrangers ignorant leur chemin et pouvant s’égarer dans les rues, on leur avait donné, pour les précéder et les conduire, un cavalier du guet. Ils arrivèrent au galop à la porte Saint-Martin, défilèrent le long du boulevard, et vinrent, sui- vant l’ordre qu’ils avaient reçu, se poster devant le dépôt des gardes-françaises. Ce poste parut choisi poiH’ les outrager. Et en effet, ceux-ci, étant comme prisonniers dans leurs casernes, virent, dans cette provocation gratuite, une insuite d’autant plus grande qu’elle paraissait impossible à punir. Ce surcroît d’indignation, mêlé à la ri- valité militaire, anoblie alors par l’intérêt de la venoeance nationale, les eût sur-le-champ fait courir aux armes : mais un reste de subordina- tion leur fit respecter la consigne et les ordres d’un colonel qu’ils détestaient. M. du Châtelet, désespéré de perdre un régiment qui avait pro- digué à son prédécesseur, le maréchal de Biron, une obéissance et un respect filial, n’avait trouvé d’autre moyen pour le conserver que d’enfermer les soldats. Leurs officiers, autrefois si durs. et si orgueilleux, avaient changé de ton ; harangues, prières, menaces, promesses, supplications, rien n’était épargné pour les enlever à la cause du peuple. Tout fut inutile. Résolus à ne point céder,