Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/347

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336 OEUVRES

Cependant tout s’apprêtait à l’hôtel- cle- ville pour le recevoir d’une manière à la fois respec- tueuse et imposante, non plus avec la pompe servile et le cérémonial adidateur d’une bour- geoisie municipale adorant son maître au nom d’un troupeau d’esclaves, "mais avec la dignité convenable à des hommes libres, jaloux d’hono- rer dans la personne de leur roi le chef d’une na- tion qui se reconstitue. On vit toutefois ( et peut- être l’histoire ne doit point négliger ces traits qui caractérisent l’esprit des corps) l’empire des habi- tudes basses, des idées abjectes, et qui mêlent les sombres teintes de la servitude à l’éclat de la li- berté naissante ; on vit les officiers municipaux nommés par la cour, cédant aux suggestions d’une crainte pusillanime ou d’une vanité puérile, pré- tendre dans l’enceinte de la salle une place à part, distincte de la place destinée aux électeurs. Les élus du peuple, souriant de cette demande, ne s’en offensent point, jusqu’au moment où quel- ques-uns de ces municipaux proposèrent ( qui le croirait en un tel jour! ) de délibérer si, coiifor- mément à l’ancien usage, on ne recevrait pas le roi à genoux. Une indignation unanime repoussa cette proposition ; et les électeurs, punissant alors l’injure qu’ils avaient d’abord méprisée, s’écrièrent qu’à leur tour ils prétendaient être distingués des officiers miuiicipaux ; distinction qui fut recon- nue à l’instant même, et ratifiée par les applaii- dissemens de toute la salle.