Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/405

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


394 OEUVRES

veraine, mais la dévouant aux soins de la félicité publique, repoussant les Carthaginois qui, voi- sins de la Sicile, y possédaient d’anciens établis- semens ; portant en peu d’années son peuple au plus haut degré de splendeur ; ensuite, venant seul, sans armes, dans la place publique, au mi- lieu des Syracusains armés par ses ordres, offrant de rendre compte de sa conduite, même de ses facultés, à ses sujets assemblés, et déposant le pouvoir suprême au milieu de ses concitoyens ! Le peuple, dans le transport de sa reconnaissance, lui rend, d’une acclamation unanime, l’autorité abdiquée, la consacrant même par le nom de roi; car il n’avait régné que sous celui ào. préteur. On lui décerne une statue qui le représente désarmé, vêtu en simple citoyen, tel qu’il s’est présenté à l’assemblée le jour de son abdication. C’était en effet le plus beau de sa vie.

C’est à un tel caractère qu’il appartient d’être, comme le dit un de nos grands écrivains, le seul homme qui, dans un traité de paix, ait jamais stipulé pour l’humanité entière. Vainqueui- des Carthaginois qu’il chassa de son île, il leur im- pose, parmi les conditions du traité, la loi de renoncer chez eux aux sacrifices des victimes humaines ; et consacrant par la religion même ce sentiment humain, il ordonne, aux frais des vainciLs, la construction de deux temples, l’un à Carthage, faulre en Sicile ; monumens augustes où fui déposé, sous la garde des dieux, le double