Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/65

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54 OEUVRES

la voir, enchanté du bonheur qui l’attendait, et disait à M. de Malesherbes, son beau-frère: « Ne pensez-vous pas en effet que mon bonheur sera parfait? — Cela dépend de quelques circonstances.

— Comment! que voulez-vous dire? — Cela dé- pend du premier amant qu’elle aura. »

— Diderot était lié avec un mauvais sujet qui, par je ne sais quelle mauvaise action récente, ve- nait de perdre l’amitié d’un oncle, riche chanoine, qui voulait le priver de sa succession. Diderot va voir l’oncle, prend un air grave et philosophique, prêche en faveur du neveu, et essaie de remuer la passion et de prendre le ton pathétique. L’oncle prend la parole, et lui conte deux ou trois indi- gnités de son neveu. « Il a fait pis que tout cela, reprend Diderot. — Et quoi? dit l’oncle. — Il a voulu vous assassiner un jour dans la sacristie, au sortir de votre messe; et c’est l’arrivée de deux ou trois personnes qui l’en a empêché. — Cela n’est pas vrai, s’écria l’oncle ; c’est une calomnie.

— Soit, dit Diderot ; mais, quand cela serait vrai, il faudrait encore pardonner à la vérité de son re- pentir, à sa position et aux malheurs qui l’atten- dent, si vous l’abandonnez. »

— Parmi cette classe d’hommes nés avec une imagination vive et une sensibilité délicate, qui font regarder les femmes avec un vif intérêt, plu- sieurs m’ont dit qu’ils avaient été frappés de voir combien peu de femmes avaient de goût pour les arts, et particulièrement pour la poésie. Un poète