Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/200

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ig^ ŒUVRES

On a observé qu'il faut distinguer deux sortes de crainte ou de terreur , dans l'effet théâtral ; l'une directe , et l'autre réfléchie.

La première est celle que nous éprouvons en voyant le héros dans le péril et la perplexité, et pour lequel nous frémissons. Antiochus tient au bord de ses lèvres la coupe empoisonnée ; c'est pour lui que je tremble.

La seconde est celle que nous ressentons lors- que , par réflexion , nous craignons pour nous- mêmes le sort d'un autre. Orosmane , dans un moment de fureur et de jalousie , plonge le poi- gnard dans le cœur de Zaïre qu'il adorait. Capa- bles des mêmes passions et des méiiies transports, c'est pour nous-mêmes , c'est nous-mêmes que nous craignons à la vue de cet événement.

La terreur , que la tragédie produit en nous , nous est donc quelquefois étrangère ; et quel- quefois elle nous est personnelle : l'une cesse avec le péril du personnage intéressant , ou se dis- sipe peu après ; l'autre laisse une impression qui survit à l'illusion du spectacle.

Il semble que les anciens se soient plus atta- chés à exciter la terreur directe que l'autre ; et que leur but ait été même de guérir plutôt de la pitié et de la terreur qu'ils regardaieiU comme des faiblesses , que de donner des leçons de mo- rale par leur moyen.

En effet, quelle terreur salutaire peut produire la vue d'un Olùlipc , qui , sans le savoir , sans le

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