Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t5.djvu/405

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DE CIÏA.MFORT. '5c)g

Grâces VOUS soient rendues, cher ami, de m Sa- voir tiré de peine sur vous et sur votre affection ; non que j'en doutasse, il ne me faut quetâtermon cœur, pour être sùv du votre. Mais il est si doux de s'entendre répéter qu'on est aimé de l'homme du monde qu'on aime, estime et respecte le plus! Et puis, l'âme a besoin d'être soignée comme le corps. C'est-là sans doute un des plus grands mé- comptes de la vanité humaine ; mais il est trop vrai que l'amitié a besoin de culture , et que la santé de l'esprit et du cœur est subordonnée au régime et à l'habitude.

Le tableau que vous me faites de ce que vous avez souffert, m'a vraiment navré, et surtout par l'idée que je n'ai pas été votre garde ; mais la ré- flexion soulage im peu mon imagination , en ce que la cruelle épi-euve que vous venez de subir, est une démonstration irrésistible que vous êtes un des êtres les plus vivaces qui existent. Or , la ténuité de votre charpente, la déhcatesse de vos traits, et la douceur résignée et même un peu triste de votre physionomie laquelle est calme , et que votre tête ou votre âme ne sont point en mou- vement , alarmeront et induiront toujours en er- reur vos amis sur votre force. Pour moi, vous m'avez prouvé, non pas tout à fait qu'on ne meurt que de bêtise, mais que les forces vitales sont tou- jours proportionnées à la trempe de l'âme. Ainsi, l'axiome proverbial /a lame use le fourreau n'est pas vrai pour l'espèce humaine. Comment son feu

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