Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/53

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ces scènes, mes parents restaient plusieurs jours sans s’adresser la parole. La réconciliation avait lieu à table, où ma belle-mère me posait une question visiblement destinée à mon père qui saisissait aussitôt l’occasion. Il n’était pas rancunier. Il répondait d’abord à l’impersonnel, puis, feignant de se tromper, il continuait la conversation en s’adressant à ma belle-mère.

Mes études terminées, il avait été convenu que je voyagerais. Je continuai pourtant, pendant un an, de mener à Fontile une existence sans but que rien ne justifiait. À plusieurs reprises, j’avais annoncé mon départ, mais la mauvaise santé de mon grand-père, le silence désapprobateur de ma grand’mère quand je feignais de vouloir me préparer, m’étaient autant de prétextes de rester. À la fin, la famille prit son parti de me perdre pour un temps.

— C’est vrai cette fois que vous allez étudier à la ville ? me dit un vieil ouvrier, qui avait servi chez mon grand-père.

— On le dit.

Je n’aimais pas qu’on parlât de mes affaires,