Page:Chardon - Antonia Vernon.djvu/48

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Il y avait encore les trois jeunes filles américaines, Lydia, Sophie et Florence, dont l’aspect était enchanteur. Quant aux deux sœurs anglaises, Jane et Louisa, qui habitaient avec leur mère le riche et bel appartement du quatrième, c’étaient de ces vignettes anglaises si habilement et si finement dessinées, que les jeunes femmes y ressemblent à des apparitions qui ont gardé du ciel tout le charme de l’idéal.

Au milieu de cette réunion apparut, toute modeste et craintive, Antonia Vernon, la pauvre jeune fille qui vivait des leçons de dessin qu’elle donnait. Elle entra doucement, comme il convient à ceux ou celles qui ne sont pas riches. Une robe blanche, que Mme Robert lui avait soigneusement repassée, la mettait au niveau des autres, car la mousseline fraîche et légère est la parure naturelle de la jeune fille, même parmi les opulentes, et il y avait dans toute la personne d’ Antonia quelque chose de si distingué, qu’elle semblait supérieure aux autres filles de son âge, dont elle était la plus humble par sa position. C’était son âme qui prenait le dessus, car, ainsi que le dit Montaigne :

« L’âme grande se découvre en tout mouvement, et sa grandeur s’exerce souvent dans les aspres et difficiles chemins de la pauvreté. »