Page:Charles Blanc-Grammaire des arts du dessin, (1889).djvu/78

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
68
GRAMMAIRE DES ARTS DU DESSIN.

En définissant l’architecture « l’art de construire, disposer et orner les édifices », les législateurs de notre langue en ont presque fait disparaître le plus grand des arts du dessin. Dans leur définition, en effet, l’architecte n’est plus qu’un décorateur qui vient en troisième ligne apporter un ornement additionnel à l’édifice. Au lieu de proclamer l’importance de la beauté, son indépendance même, ils l’ont réduite à n’être qu’un simple accompagnement de l’utile ; ils ont désigné comme un pur accessoire de la construction ce qui en est la partie la plus subtile, la plus illustre, la plus élevée, la plus rare.

Telle n’est pas la définition de l’architecture pour ceux qui estiment à sa valeur cet art, tantôt sublime, tantôt beau, tantôt gracieux, mais toujours digne, toujours lié à la grandeur des nations et à leur gloire. « L’art de bâtir, dit M. Hillorff, peut se trouver chez les peuples les moins civilisés, tandis que l’architecture n’a pu être que le résultat de la plus haute civilisation. »

Quelques-uns, et notamment des écrivains anglais, veulent que l’architecture soit définie « le beau dans la construction, beauty in building » ; mais il faut prendre garde qu’une telle définition ne sépare le constructeur de l’artiste, et ne tende à propager cette idée funeste que des édifices peuvent se passer du beau, car on en viendrait bientôt à regarder la beauté comme une redondance. On serait amené peu à peu à bâtir sans art, et il arriverait ce qui est arrivé justement en Angleterre où la construction, abandonnée à des entrepreneurs de maçonnerie, a couvert des villes entières de bâtiments horribles. Là où le beau n’est pas proclamé essentiel, là où la science n’est pas déclarée inséparable de l’art, on s’habitue facilement au difforme, on tolère la laideur, on s’expose au monstrueux.

Il importe donc, en définissant l’architecture, de la rendre à jamais solidaire de la beauté. Si nous avons à la considérer dans cette Grammaire non pas comme une science, mais comme un art, cette distinction entre l’artiste et le constructeur n’est pas une séparation Nous devons les distinguer : nous n’entendons pas les désunir.



II

LA BEAUTÉ DE L’ARCHITECTURE RÉPOND À UNE IDÉE DE DEVOIR.

Dépourvu de beauté, un édifice peut être un ouvrage d’industrie : ce n’est plus une œuvre d’art. La définition même de l’architecture lui impose donc la loi d’être belle. Mais un autre sentiment le lui commande, un