Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/56

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La fille, que ces dons achèvent de confondre,
A son prince, à son roi ne sait plus que répondre.
Sa marraine aussitôt la prenant par la main :
« Il ne faut pas, lui dit-elle à l’oreille,
Demeurer en si beau chemin.
Est-ce une si grande merveille
Que tous ces dons que vous en recevez,
Tant qu’il aura l’âne que vous savez.
Qui d’écus d’or sans cesse emplit sa bourse !
Demandez-lui la peau de ce rare animal ;
Comme il est toute sa ressource,
Vous ne l’obtiendrez pas, ou je raisonne mal. »

Cette fée était bien savante.
Et cependant elle ignorait encor
Que toute passion, pourvu qu’on la contente.
Compte pour rien l’argent et l’or.
La peau fut galamment aussitôt accordée
Que la fille l’eut demandée.

Cette peau, quand on l’apporta.
Terriblement l’épouvanta,
Et la fit de son sort amèrement se plaindre.
Sa marraine survint et lui représenta
Que, quand on fait le bien, on ne doit jamais craindre ;
Qu’il faut laisser penser au roi
Qu’elle est tout à fait disposée
A subir avec lui la conjugale loi ;
Mais qu’au même moment, seule et bien déguisée,
Il faut qu’elle s’en aille en quelque État lointain,
Pour éviter un mal si proche et si certain.

« Voici, poursuivit-elle, une grande cassette
Où nous mettrons tous vos habits.
Votre miroir, votre toilette,
Vos diamants et vos rubis.
Je vous donne encor ma baguette ;
En la tenant en votre main,
La cassette suivra votre même chemin,
Toujours sous la terre cachée ;
Et, lorsque vous voudrez l’ouvrir,