Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/123

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trémie, la moitié du corps entre deux meules, et il en sort des hosties.


À Santa-Maria in Organo, une fresque de manière an- cienne, très-bien fuyante, à droite et à gauche du chœur, parBrusasorci. Le chœur est peint par Paolo Farinato. Les stalles sont de jolis tableaux de bois de rapport faits par le célèbre frère Jean, moine olivetain de Vérone. Remar- quez encore un Miracle de saint Olivelan. Je n'ai pu voir l'âne qui porta Notre-Seigneur à Jérusalem, et dont Misson rapporte l'histoire fort au long. Les moines me dirent que depuis plusieurs années, pour ménager les esprits faibles, on ne le montroit ni on ne le portoit plus en procession comme autrefois, mais qu'on le tenoit sous clef dans une armoire.


À San-Fermo, dans une petite chambre, un tombeau de Tuzziani, chargé de six bas-reliefs de bronze, imités de l'antique, par Campana, dans le xv" siècle. On ne peut rien de mieux, en vérité. Je m'étonne que la sculpture eût déjà fait tant de progrès dans un temps oîi la peinture en avoit encore fait si peu. L'architecture de Saint-Gaétan m'a semblé assez bonne ; mais Saint-Zénon vaut tout-à- fait la peine d'être vu. Ce n'est pas que ce qu'il y a à voir ne soit du dernier détestable ; c'est au contraire par là qu'il est curieux, pour voir quel étoit le génie du temps de nos rois de la seconde race, et le mauvais goût des ouvra- ges de cette époque. Pépin, fils de Charlemagne, a fait construire cette église. Sa façade est couverte de bas-re- liefs de marbre, et les portes de bas-reliefs de bronze, re- présentant la vie de Jésus-Christ, celle de saint Zenon et autres choses ; mais de quel goût ! cela fait lever les épau- les. Misson s'est tué inutilement à chercher un sens allé- gorique aux deux coqs qui ont pris un renard ; tout l'en- droit oîi cela est représenté est couvert d'espèces de fables d'animaux qui ne signifient rien. Quant au roi qui s'en va à cheval à tous les diables, et qu'il dit n'avoir pu deviner, je ne doute pas qu'on ait voulu dépeindre là quelque pi- toyable tradition du temps .sur un roi qui, ne trouvant rien à la chasse, avoit fait un pacte avec le diable pour avoir du gibier. Misson, en rapportant les vers, en a sauté une partie, et fait quelques fautes dans le reste. Les voici au juste :