Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/276

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vous rende sage. Ce sont de longs corridors souterrains creusés dans des carrières de pierres. De côté et d’autre la pierre est taillée en niches, comme une bibliothèque. On peut assurer avec certitude que ceci n’a jamais été fait que pour servir de cimetière, soit depuis qu’on eût quitté l’usage de brûler les corps, soit peut-être même avant que cet usage ne fût introduit ; du moins on le pourroit penser des catacombes de Rome. On logeoit un ou plusieurs cadavres dans chaque niche, après quoi on la muroit, selon les apparences, pour prévenir l’infection. C’est une folie ridicule que de dire qu’elles aient été creusées par les premiers chrétiens pour s’y loger et célébrer les saints mystères, à couvert de la persécution. Le joli logement, s’il vous plaît, que de pareilles galeries, sans air et sans lumière ! Ce seroit d’ailleurs un bel ouvrage à faire tncognito, que toute cette suite de larges et hauts corridors, dont le labyrinthe n’a pas moins de neuf milles de parcours, à ce qu’on assure. Les chrétiens de Naples n’étoient pas en assez grand nombre pour entreprendre, même publiquement, un ouvrage pareil à ces catacombes-ci, qui sont bien plus belles et plus exhaussées que celles de Rome. Je ne dis pas que quelquefois, par hasard, quelqu’un n’ait pu s’y cacher ; mais, à coup sûr, ceci n’a jamais servi de demeure aux vivants. Les restes d’autels et de peintures barbouillées sur les murs, qui se voient dans une assez grande salle, à l’entrée des catacombes de Naples, sont apparemment des marques de quelque cérémonie pieuse, qui s’y sera faite jadis en l’honneur de feu messieurs les Saints, qu’on se figuroit y avoir tenu leur ménage. Voilà tout ce que vous aurez de moi sur cet article ; si vous en voulez davantage, lisez Misson et Burnet qui en parlent fort au long.


Tandis que vous êtes en train de dévotion, voulez-vous que je vous fasse voir le miracle de saint Janvier ? Ce n’est pas marchandise bien rare à Naples que les miracles. Le peuple qui n’a que cela à faire s’en occupe volontiers : Etotiosa credidit Neapolis. Celui-ci est un assez joli morceau de chimie ; mais, pauvres chanoines de la Cathédrale, vous n’en avez pas les gants ; le miracle est plus ancien que vous dans le pays. J’ai actuellement sous les yeux la relation d’un voyage qu’Horace a fait dans ces cantons-ci, et d’oii il résulte assez clairement que la liqué