Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/317

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et même les poissons du rivage périrent, mais que deux villes de Campanie, Herculanum et Pompéia, furent ensevelies sous les débris de la montagne ; les cendres furent portées jusqu’en Égypte et en Syrie. Il en vint de si gros nuages à Rome que le soleil en fut obscurci, au grand étonnement des habitants, qui ignoroient encore ce qui se passoit du côté d’Herculanum. »

L’amphithéâtre décrit ici par Xiphilin ne peut s’entendre que de la forme du Monte Somma, qui ressemble encore aujourd’hui au Colisée de Rome, dont une moitié de l’enveloppe est détruite. On ne pourroit comparer à un bâtiment de cette espèce un trou en pyramide renversée, tel qu’est le gouffre actuel du Vésuve ; l’embrasement, à force de miner les bords de l’ancien cratère, a ruiné par calcination tout le côté méridional de l’enveloppe, ne laissant subsister que la partie septentrionale, tandis que le gouffre a continué à lancer successivement de son fond des matières qui, retombant sur lui-même, ont formé dans son milieu le second sommet, proprement le Vésuve d’aujourd’hui, ainsi qu’un pain de sucre au fond d’un creuset ébréché, sommet qui est miné lui-même et où le feu, continuant à percer dans le centre un tuyau vertical, dépouille sans cesse l’intérieur de la nouvelle montagne, des matières enfermées dans son sein, pour en augmenter sa surface extérieure. Quand les matières fondues que contient le cratère viennent à se refroidir et à s’affaisser, elles y forment dans le fond une masse ou croûte endurcie, composée des débris de toutes sortes de matières hétérogènes, liées ensemble, qui se tiennent coagulées vers le fond de la chaudière, près duquel la force du feu qui avoit soulevé cette espèce de fonte, doit avoir laissé des intervalles vides ; ce sont autant de mines prêtes à jouer à la première éruption, et à revêtir de nouveaux matériaux les côtés de la montagne. Il ne paraîtra pas fort extraordinaire que le pic du Vésuve ait pu se former, tel que nous le voyons, en dix-sept cents ans, si l’on fait attention que son axe perpendiculaire, depuis l’endroit où commence la divergence des deux sommets jusqu’au dessus, ne paraît pas être haut de plus de deux cents cannes, tandis que l’élévation totale de la montagne, depuis le niveau de la mer, est de près de onze cents ; que, depuis le temps de Pline, les éruptions n’ont pas cessé d’être