Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/125

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Les obsèques se firent le 28 mai. Le temps était beau ; quatre chevaux, conduits par des palefreniers à pied, tiraient le corbillard ; vingt-quatre grenadiers anglais, sans armes, l’environnaient ; suivait le cheval de Napoléon. La garnison de l’île bordait les précipices du chemin. Trois escadrons de dragons précédaient le cortège ; le 20e régiment d’infanterie, les soldats de marine, les volontaires de Sainte-Hélène, l’artillerie royale avec quinze pièces de canon, fermaient la marche. Des groupes de musiciens, placés de distance en distance sur les rochers, se renvoyaient des airs lugubres. À un défilé, le corbillard s’arrêta ; les vingt-quatre grenadiers sans armes enlevèrent le corps et eurent l’honneur de le porter sur leurs épaules jusqu’à la sépulture. Trois salves d’artillerie saluèrent les restes de Napoléon au moment où il descendit dans la terre : tout le bruit qu’il avait fait sur cette terre ne pénétrait pas à deux lignes au-dessous.

Une pierre qui devait être employée à la construction d’une nouvelle maison pour l’exilé est abaissée sur son cercueil comme la trappe de son dernier cachot.

On récita les versets du psaume 87 : « J’ai été pauvre et plein de travail dans ma jeunesse ; j’ai été élevé, puis humilié… j’ai été percé de vos colères. » De minute en minute le vaisseau amiral tirait. Cette harmonie de la guerre, perdue dans l’immensité de l’Océan, répondait au requiescat in pace. L’empereur, enterré par ses vainqueurs de Waterloo, avait ouï le dernier coup de canon de cette bataille ; il n’entendit point la dernière détonation dont l’Angleterre troublait et honorait son sommeil à Sainte-Hélène. Chacun se