Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/167

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étaient changées. Que m’importaient pourtant ces futiles misères, à moi qui n’ai jamais cru au temps où je vivais, à moi qui appartenais au passé, à moi sans foi dans les rois, sans conviction à l’égard des peuples, à moi qui ne me suis jamais soucié de rien, excepté des songes, à condition encore qu’ils ne durent qu’une nuit !

Le premier article du Conservateur peint la position des choses au moment où je descendis dans la lice.[1] Pendant les deux années que dura ce journal, j’eus successivement à traiter des accidents du jour et à examiner des intérêts considérables. J’eus occasion de relever les lâchetés de cette correspondance privée que la police de Paris publiait à Londres. Ces correspondances privées pouvaient calomnier, mais elles ne pouvaient déshonorer : ce qui est vil n’a pas le pouvoir d’avilir ; l’honneur seul peut infliger le déshonneur. « Calomniateurs anonymes, disais-je, ayez le courage de dire qui vous êtes ; un peu de honte est bientôt passée ; ajoutez votre nom à vos articles, ce ne sera qu’un mot méprisable de plus. »

Je me moquais quelquefois des ministres et je donnais cours à ce penchant ironique que j’ai toujours réprouvé en moi.

Enfin, sous la date du 5 décembre 1818, le Conservateur contenait un article sérieux sur la morale des intérêts et sur celle des devoirs : c’est de cet article, qui fit du bruit, qu’est née la phraséologie des inté-

    tations sur la vérité de la religion (1802) ; Explication des Évangiles (1807).

  1. Réflexions sur l’état intérieur de la France (22 octobre 1818). — Le Conservateur, tome I, p. 113.