Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/173

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dront de la scène et les spectateurs ne seront plus là pour blâmer ou pour applaudir.


Je venais de me coucher le 13 février au soir, lorsque le marquis de Vibraye[1] entra chez moi pour m’apprendre l’assassinat du duc de Berry. Dans sa précipitation, il ne me dit pas le lieu où s’était passé l’événement. Je me levai à la hâte et je montai dans la voiture de M. de Vibraye. Je fus surpris de voir le cocher prendre la rue de Richelieu, et plus étonné encore quand il nous arrêta à l’Opéra : la foule aux abords était immense. Nous montâmes, au milieu de deux haies de soldats, par la porte latérale à gauche, et, comme nous étions en habits de pairs, on nous laissa passer. Nous arrivâmes à une sorte de petite antichambre : cet espace était encombré de toutes les personnes du château. Je me faufilai jusqu’à la porte d’une loge et je me trouvai face à face de M. le duc d’Orléans. Je fus frappé d’une expression mal déguisée, jubilante, dans ses yeux, à travers la contenance contrite qu’il s’imposait ; il voyait de plus près le trône. Mes regards l’embarrassèrent ; il quitta la place et me tourna le dos. On racontait autour de moi les détails du forfait, le nom de l’homme, les conjectures des divers participants à l’arrestation ;

  1. Anne-Victor-Denis Hurault, marquis de Vibraye (1766-1843) était, officier de cavalerie au moment de la Révolution. Il émigra en 1791, rentra en 1814 et devint alors colonel et aide de camp de Monsieur, plus tard Charles X. Nommé pair de France le 17 août 1815, le même jour que Chateaubriand, il fut promu maréchal de camp le 1er octobre 1823, et quitta la Chambre haute à la Révolution de 1830, pour ne pas prêter serment au nouveau régime.