Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/213

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de M. de Hardenberg[1], beau vieillard blanc comme un cygne, sourd comme un pot, allant à Rome sans permission, s’amusant de trop de choses, croyant à toutes sortes de rêveries, livré en dernier lieu au magnétisme entre les mains du docteur Koreff[2] que je rencontrais à cheval trottant dans les lieux écartés entre le diable, la médecine et les muses ?

Ce mépris pour une correspondance frivole me fait dire à M. Pasquier dans ma lettre du 13 février 1821, no 13 :

« Je ne vous ai point parlé, monsieur le baron, selon l’usage, des réceptions, des bals, des spectacles, etc ; je ne vous ai point fait de petits portraits et d’inutiles satires ; j’ai tâché de faire sortir la diplomatie du commérage. Le règne du commun reviendra, lorsque le temps extraordinaire sera passé : aujourd’hui il ne faut peindre que ce qui doit vivre et n’attaquer que ce qui menace. »


Berlin m’a laissé un souvenir durable, parce que la nature des récréations que j’y trouvai me reporta au temps de mon enfance et de ma jeunesse ; seulement,

  1. Charles-Auguste, prince de Hardenberg (1750-1822). Ministre des Affaires étrangères depuis 1806, il fut nommé en 1810 chancelier d’État, et signa en 1814 la paix de Paris. Il assista comme plénipotentiaire aux Congrès d’Aix-la-Chapelle, de Carlsbad, de Vienne et de Vérone. Le roi de Prusse l’avait créé prince en 1814.
  2. David-Frédéric Koreff (1783-1851), célèbre médecin allemand. Il était né à Breslau. Il fut pendant quelque temps le secrétaire du prince de Hardenberg, qui l’avait en particulière amitié. Il mourut à Paris, où il avait fini par se fixer, et où il n’était pas moins connu par son esprit original que par son inépuisable charité.