Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/225

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Dans ma dépêche du 3 mars, no 18, je revenais sur l’Espagne ; je disais :

« Il serait possible que l’Espagne changeât promptement sa monarchie en république : sa Constitution doit porter son fruit. Le roi ou fuira ou sera massacré ou déposé ; il n’est pas homme assez fort pour s’emparer de la révolution. Il est possible encore que cette même Espagne subsistât pendant quelque temps dans l’état populaire, si elle se formait en républiques fédératives, agrégation à laquelle elle est plus propre que tout autre pays par la diversité de ses royaumes, de ses mœurs, de ses lois et même de son langage. »

L’affaire de Naples revient encore trois ou quatre fois. Je fais observer (6 mars, no 19) :

« Que la légitimité n’a pu jeter de profondes racines dans un État qui a changé si souvent de maîtres, et dont les habitudes ont été bouleversées par tant de révolutions. Les affections n’ont pas eu le temps de naître, les mœurs de recevoir l’empreinte uniforme des siècles et des institutions. Il y a dans la nation napolitaine beaucoup d’hommes corrompus ou sauvages qui n’ont aucun rapport entre eux, et qui ne sont attachés à la couronne que par de faibles liens : la royauté, pour être respectée, est trop près du lazzarone et trop loin du Calabrais. Pour établir la liberté démocratique, les Français eurent trop de vertus militaires ; les Napolitains n’en auront pas assez. »

Enfin, je dis quelques mots du Portugal et de l’Espagne encore.

Le bruit se répandait que Jean VI s’était embarqué