Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/227

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diats ; mais elle peut produire un mal éloigné en motivant l’intervention militaire de l’Autriche et de la Russie. L’armée russe est toujours en mouvement et n’a point reçu de contre-ordre.

« Voyez si, dans ce cas, il ne serait pas de la dignité et de la sûreté de la France de faire occuper la Savoie par vingt-cinq mille hommes, tout le temps que la Russie et l’Autriche occuperaient le Piémont. Je suis persuadé que cet acte de vigueur et de haute politique, en flattant l’amour-propre français, serait par cela seul très populaire et ferait un honneur infini aux ministres. Dix mille hommes de la garde royale et un choix fait sur le reste de nos troupes vous composeraient facilement une armée de vingt-cinq mille soldats excellents et fidèles : la cocarde blanche sera assurée lorsqu’elle aura revu l’ennemi.

« Je sais, monsieur le baron, que nous devons éviter de blesser l’amour-propre français et que la

    d’Alexandrie s’était soulevée, aux cris de : Vive le Roi ! Vive la constitution d’Espagne ! À bas l’Autriche ! Turin, Pignerol, Ivrée avaient suivi le mouvement. Les conjurés avaient gagné le colonel Saint-Marsan, fils du ministre des Affaires étrangères, et comptaient sur le cousin du roi, le jeune prince de Carignan, — le futur Charles-Albert. Le 13 mars, le roi Victor-Emmanuel I abdiqua en faveur de son frère Charles-Félix, et, en l’absence de ce dernier, qui se trouvait alors auprès du duc de Modène, son beau-père, il donna la régence au prince de Carignan. Celui-ci proclama aussitôt la constitution des Cortès d’Espagne, et institua une junte provisoire ; mais, au bout de peu de jours, le 21 mars, il fut forcé de se retirer devant l’intervention autrichienne. Les conjurés d’Alexandrie et les fédérés italiens furent dispersés à Novare par le général Latour. L’armée victorieuse entra le 10 avril à Turin. Victor-Emmanuel maintint son abdication, et Charles-Félix rétablit l’ancien gouvernement.