Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/260

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s’était mis à galoper dans Hyde-Park, à sauter des barrières, à jouer, à tutoyer sans façon les dandys : il avait un succès sans égal, et, pour y mettre le comble, il finit par enlever une famille entière, père, mère et enfants.

Les ladies les plus à la mode me plaisaient peu ; il y en avait une charmante cependant, lady Gwydir : elle ressemblait par le ton et les manières à une Française. Lady Jersey se maintenait encore en beauté. Je rencontrais chez elle l’opposition. Lady Conyngham appartenait à l’opposition, et le roi lui-

    train, tenait un salon célèbre, publiait des romans du genre fashionable et finalement se ruinait. Le mauvais état de ses affaires l’obligea de vendre son mobilier en 1849 et de se réfugier à Paris. Le comte d’Orsay l’y accompagna. Comme il avait été très lié à Londres avec le prince Louis Bonaparte, et qu’il avait d’ailleurs un joli talent de sculpteur, le prince-président le nomma en 1851 surintendant des beaux-arts. Il mourut le 4 août 1852 à Chambourg, près de Saint-Germain. — Barbey d’Aurevilly, dans son petit volume Du Dandysme et de George Brummel, esquisse en ces termes le portrait du comte d’Orsay : « C’était un nerveux sanguin aux larges épaules, à la poitrine François ier et à la beauté sympathique. Il avait une main superbe et une manière de la tendre qui prenait les cœurs et les enlevait. Ce n’était pas le shake-hands du Dandysme… D’Orsay était un roi de bienveillance aimable, et la bienveillance est un sentiment entièrement inconnu aux dandys… Quoique fat, d’Orsay fut aimé par les femmes les plus fates de son temps. Il a même inspiré une passion qui dura et resta historique… Quant à ce duel charmant de d’Orsay, jetant son assiette à la tête de l’officier qui parlait mal de la Sainte-Vierge, et se battant pour elle parce qu’elle était femme et qu’il ne voulait pas qu’on manquât de respect à une femme devant lui, quoi de moins dandy et de plus français ? » — Sur la liaison du comte d’Orsay et de lady Blessington, commencée en 1822 pour finir seulement en 1849, à la mort de la célèbre authoress, voir The English Cyclopœdia, conducted by Charles Knight, Biography, vol. I, p. 720. London, 1856.