Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/324

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lettre imprimée du grand référendaire, M. de Sémonville, disant : « Le grand référendaire a l’honneur d’informer sa seigneurie, monsieur le vicomte de Chateaubriand, que des places dans le sanctuaire de la cathédrale de Reims sont destinées et réservées pour ceux de MM. les pairs qui voudront assister le lendemain du sacre et couronnement de Sa Majesté à la cérémonie de la réception du chef et souverain grand maître des ordres du Saint-Esprit et de Saint-Michel et de la réception de MM. les chevaliers et commandeurs. »

Charles X avait eu pourtant l’intention de me réconcilier. L’archevêque de Paris lui parlant à Reims des hommes dans l’opposition, le roi avait dit : « Ceux qui ne veulent pas de moi, je les laisse. » L’archevêque reprit : « Mais, sire, M. de Chateaubriand ? — Oh ! celui-là, je le regrette. » L’archevêque demanda au roi s’il me le pouvait dire : le roi hésita, fit deux ou trois tours dans la chambre et répondit : « Eh bien, oui, dites-le-lui, » et l’archevêque oublia de m’en parler.

À la cérémonie des chevaliers des ordres, je me trouvai à genoux aux pieds du roi, dans le moment que M. de Villèle prêtait son serment. J’échangeai deux ou trois mots de politesse avec mon compagnon de chevalerie, à propos de quelque plume détachée de mon chapeau. Nous quittâmes les genoux du prince et tout fut fini. Le roi, ayant eu de la peine à ôter ses gants pour prendre mes mains dans les siennes, m’avait dit en riant : « Chat ganté ne prend point de souris. » On avait cru qu’il m’avait parlé longtemps, et le bruit de ma faveur renaissante s’était répandu.