Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/447

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j’y avais laissé une tombe honorée des larmes des amis de Juliette. Lorsque la fille de M. de Montmorin (madame de Beaumont) mourut en 1803, madame de Staël et M. Necker m’écrivaient des lettres de regrets ; on a vu ces lettres. Ainsi je recevais à Rome, avant presque d’avoir connu madame Récamier, des lettres datées de Coppet ; c’est le premier indice d’une affinité de destinée. Madame Récamier m’a dit aussi que ma lettre de 1804 à M. de Fontanes lui servait de guide en 1814, et qu’elle relisait assez souvent ce passage :

« Quiconque n’a plus de lien dans la vie doit venir demeurer à Rome. Là, il trouvera pour société une terre qui nourrira ses réflexions et occupera son cœur, et des promenades qui lui diront toujours quelque chose. La pierre qu’il foulera aux pieds lui parlera ; la poussière que le vent élèvera sous ses pas renfermera quelque grandeur humaine. S’il est malheureux, s’il a mêlé les cendres de ceux qu’il aima à tant de cendres illustres, avec quel charme ne passera-t-il pas du sépulcre des Scipions au dernier asile d’un ami vertueux !… S’il est chrétien, ah ! comment pourrait-il alors s’arracher de cette terre qui est devenue sa patrie, de cette terre qui a vu naître un second empire, plus saint dans son berceau, plus grand dans sa puissance que celui qui l’a précédé ; de cette terre où les amis que nous avons perdus, dormant avec les martyrs aux catacombes, sous l’œil du père des fidèles, paraissent devoir se réveiller les premiers dans leur poussière et semblent plus voisins des cieux[1] ? »

  1. Lettre à M. de Fontanes. — « Un jour, à Rome, comme je rappelais à M. de Chateaubriand cette page que je savais par