Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/70

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vivant de Malte, faisait chorus : il déclarait que si sa tête était encore sur ses épaules, c’est que M. Fouché l’avait permis. Les peureux avaient eu tant de frayeur de Bonaparte, qu’ils avaient pris le massacreur de Lyon pour un Titus. Pendant plus de trois mois les salons du faubourg Saint-Germain me regardèrent comme un mécréant, parce que je désapprouvais la nomination de leurs ministres. Ces pauvres gens, ils s’étaient prosternés aux pieds des parvenus ; ils n’en faisaient pas moins grand bruit de leur noblesse, de leur haine contre les révolutionnaires, de leur fidélité à toute épreuve, de l’inflexibilité de leurs principes, et ils adoraient Fouché.

Fouché avait senti l’incompatibilité de son existence ministérielle avec le jeu de la monarchie représentative : comme il ne pouvait s’amalgamer avec les éléments d’un gouvernement légal, il essaya de rendre les éléments politiques homogènes à sa propre nature. Il avait créé une terreur factice ; supposant des dangers imaginaires, il prétendait forcer la couronne à reconnaître les deux Chambres de Bonaparte et à recevoir la déclaration des droits qu’on s’était hâté de parachever ; on murmurait même quelques mots sur la nécessité d’exiler Monsieur et ses fils : le chef-d’œuvre eût été d’isoler le roi.

On continuait à être dupe : en vain la garde nationale passait par-dessus les murs de Paris et venait protester de son dévouement ; on assurait que cette

    Député de la noblesse aux États-Généraux pour la prévôté et vicomte de Paris, il fut un des membres les plus ardents du côté droit. Louis XVIII le nomma pair de France le 4 juin 1814 ; il mourut le 17 décembre 1815.