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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

France, ce sang qui l’avait faite ce quelle est, l’a sauvée encore. Pourquoi s’obstiner à nier éternellement les faits ? On a abusé contre nous de la victoire, comme nous en avions abusé contre l’Europe. Nos soldats étaient allés en Russie ; ils ont ramené sur leurs pas les soldats qui fuyaient devant eux. Après action, réaction, c’est la loi. Cela ne fait rien à la gloire de Bonaparte, gloire isolée et qui reste entière ; cela ne fait rien à notre gloire nationale, toute couverte de la poussière de l’Europe dont nos drapeaux ont balayé les tours. Il était inutile, dans un dépit d’ailleurs trop juste, d’aller chercher à nos maux une autre cause que la cause véritable. Loin d’être cette cause, les Bourbons de moins dans nos revers, nous étions partagés.

Appréciez maintenant les calomnies dont la Restauration a été l’objet ; qu’on interroge les archives des relations extérieures, on sera convaincu de l’indépendance du langage tenu aux puissances sous le règne de Louis XVIII et de Charles X. Nos souverains avaient le sentiment de la dignité nationale ; ils furent surtout rois à l’étranger, lequel ne voulut jamais avec franchise le rétablissement, et ne vit qu’à regret la résurrection de la monarchie aînée. Le langage diplomatique de la France à l’époque dont je traite est, il faut le dire, particulier à l’aristocratie ; la démocratie, pleine de larges et fécondes vertus, est pourtant arrogante quand elle domine : d’une munificence incomparable lorsqu’il faut d’immenses dévouements, elle échoue aux détails ; elle est rarement élevée, surtout dans les longs malheurs. Une partie de la haine des cours d’Angleterre et d’Autriche contre la légitimité vient de la fermeté du cabinet des Bourbons.